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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 09:39

 

 

On m'avait demandé, pour une émission de variétés, d'écrire une saynète, les retrouvailles d'un couple qui s'était séparé il y a plusieurs années, l'histoire d'une femme qui avait quitté un homme qui n'avait pas su l'aimer. Des colonnes avaient été posées çà et là sur le plateau faisant penser à un ancien forum et la statue d'un homme nu, grossier David de Michel-Ange en carton pâte, complétait le décor. Entre deux chansons à la mode, elle, en robe plissée, lui en costume bouffant tel un evzone, disaient les vers de mirliton que j'avais grifonnés sur la nappe en papier d'un restaurant trois jours avant l'enregistrement de l'émission : 

 

Lui : - Madame, excusez-moi ! Mais, Typha, est-ce toi ?

Elle : - Je m'appelle Typha ; je ne vous connais pas !

L : - Nous nous sommes connus à l'aube d'un été

Qui s'annonçait très chaud ; il le fut en effet.

Dispute était le seul mot que nous possédions

Dans notre dictionnaire ; aussi déclaration

Etait un mot si long qu'il ne voulait rien dire.

Pourtant je t'ai aimée et t'ai vu refleurir

Un pétale qui meurt, qui rencontre quelqu'un,

Qui reprend des couleurs, qui poursuit son chemin.

E : - Tu es bien romantique et je ne comprends pas,

Comment j'ai pu haïr un homme comme toi.

L : - Tu n'as jamais compris pourquoi je répétais

Chaque jour, chaque nuit, même quand je dormais :

Jouer avec le feu sans jamais se brûler,

Savoir dire adieu et pouvoir s'oublier.

Tu croyais que j'allais vivre avec toi longtemps.

Hélas, tu t'es trompée et as perdu ton temps.

Mais je savais qu'un jour tu t'amuserais trop,

Oui je savais qu'un jour tu t'amuserais trop,

Avec une étincelle, ave le mot 'brûler'.

Je savais que l'amour deviendrait un brasier.

Ce jour-là est venu, un jour d'été je crois,

Quand nous nous promenions près d'ici dans un bois.

Le verbe détester est sorti de ma bouche,

Puis tu m'as regardé, tu devenais farouche.

Querelle, cris, soupirs, nous nous sommes griffés,

Je t'ai adieu, nous nous sommes quités.

Quatre années ont passé, le temps a tout changé.

J'ai vieilli... moi aussi ; notre amour est rangé,

Le tiroir de l'oubli est à jamais fermé,

Et je crois maintenant que tout est oublié.

E : - Rien ne peut s'oublier. Pendant ce quatre années,

Je n'ai pensé qu'à toi. Pendant ces quatre années,

J'ai voulu me tuer ; tu ne revenais pas.

Nous nous sommes quittés près d'ici, n'est-ce pas ?

Mai j'ai toujours pensé que tout n'était que farce,

Que tu me reviendrais en amant qui efface

Un conflit qui achève un amour éphémère,

Qui fait que la femme retourne chez sa mère.

Je n'ai jamais compris comment nous avons pu

Nous haïr à ce point comme des inconnus,

Nous battre au corps à corps, prononcer des blasphèmes,

Alors qu'à ce moment, je crois bien que je t'aime. 

L : - Cela est-il possible ? Typha, tu fais erreur !

Je ne suis que l'homme dont les femmes ont peur.

Je suis laid, fier, maniaque, avare et agaçant.

Je ne sais pas parler, tout en moi n'est que vent !

Notre amour a duré l'espace d'un été,

Je t'ai dit adieu dans un endroit caché,

Car je ne voulais pas montrer aux autres gens,

Que je n'étais pour toi qu'un être horripilant.

E : - Mais je ne suis pas triste ! Assieds-toi près de moi.

C'est un jour merveilleux. L'est-il aussi pour toi ?

J'ai toujours regretté de t'avoir fait partir,

Et bien certaine que, sans même te le dire,

Tu fréquentais quelqu'un ; d'ailleurs, j'imaginais

Sous la pleine lune que la cour tu faisais

A une belle fille émerveillée et sotte,

Aimant tes beaux yeux bleus pour que tu la dorlottes.

L : - Assez ! Je t'ai aimée et tu dois le savoir !

Et,et, je t'aime encore ; enfin tu dois me croire.

E : - Mais veux-tu que vers toi je tende mes doigts fins,

Que nous nous embrassions en attendant la fin

D'un été dans un bois, que nous nous disputions ?

Que je me pâme encor' par les déclarations

D'un homme qui n'aime que les femmes d'un soir,

Et quand il a trop bu, s'endort comme un gros loir ?

Oui, veux-tu qu'avec toi je perde encore trois mois ?

Non, maintenant je pars, et va vivre sans moi !

L : - Oh non chère Typha ! Je garde dans mon coeur

Ce que tu m'as donné : ton amour et tes pleurs. 

 

Applaudissements forcés du public... comme dans toutes les émissions dites de variétes. 

 

 

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