Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:11

 

 

Où en étais-je déjà ? Ah oui Jacky ! Jacky avait sonné à ma porte une nuit de désespoir. Palin m'avait raconté sa dispute avec sa femme. Il avait claqué la porte de son appartement - qui était certainement aussi celle de son mariage -, et était venu chez moi en voiture. Mais il me semble bien qu'il m'avait téléphoné en milieu de soirée. Pour me dire quoi déjà ? Oui... pour me demander si je connaissais un fleuriste encore ouvert à neuf heures le soir. J'en connaissais un en effet et il m'a dit qu'il avait offert des fleurs à sa femme avant la dispute. La rupture était consommée de toute façon ; les fleurs n'arrangeraient rien et il me racontait tout cela entre minuit et deux heures du matin. J'avais envie de le mettre dehors mais mon sens de l'hospitalité me l'interdisait. J'avais autre chose à lui dire car son histoire de rupture ne m'intéressait guère même si au fond elle me touchait. Il me sembla avoir vu des larmes percer au coin de ses yeux : c'était la première fois que je le voyais dans un état de si profonde détresse. Pourtant, je savais que pour lui, un amour perdu c'était un de retrouvé vite fait bien fait. Alors que de petits riens font que je m'accroche à une histoire, quand je commence une aventure je m'attache à ne pas la bâcler. Et pourtant ! Je travaillais avec Typha dans cette maison d'édition dont j'ai déjà parlé, pas dans le même bureau que le sien, mais comme nous n'étions pas nombreux, douze ou quinze employés selon les saisons et les aléas des rentrées littéraires, nous étions proches les uns des autres et les collègues devenaient vite des amis... ou des ennemis. Il était fréquent que nous organisions des déjeuners ensemble et mon bureau, qui était le plus grand, se transformait souvent en salle à manger. La bonne chère et l'alcool nous rendaient joyeux. Typha était là lors de ces réunions, mais elle n'attirait pas spécialement mon regard. Je pensais plus à faire des jeux de mots et à lire les vers que j'avais composés dans la nuit qu'à regarder cette fille (comme d'autres filles d'ailleurs !)  de vingt ans qui venait d'être embauchée. Un soir, Typha m'avait suivi dans le métro. Elle descendait d'habitude à Opéra pour prendre une autre ligne avant de prendre un train de banlieue, mais contre toute attente, enfin pour moi, car elle savait ce qu'elle faisait et savait ce qu'elle voulait, elle était restée en face de moi dans cette rame à moitié vide avec ce regard d'envie de prolonger la soirée d'une façon intime. Elle est venue jusqu'à chez moi, non pour prendre un dernier verre car à cette époque je gagnais peu et mon réfrigérateur était toujours vide, et comme je ne savais pas quoi dire, je lui ai proposé de l'emmener en boîte. Elle a refusé en disant qu'elle préférait passer la soirée en tête-à-tête. Je me suis mollement incliné. Elle n'avait pas d'expérience, et moi si peu. Je pressentais que cette histoire ne durerait pas et quand ça ne dure pas, je préfère ne pas commencer. Et pourtant, ça ne dure jamais très longtemps parce que - enfin c'est mon explication à moi -, je sais quand j'aime quelqu'un mais je ne sais pas quand quelqu'un m'aime. Je ne suis pas capable d'évaluer le degré d'amour de quelqu'un envers moi. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, docteur. Cela a duré un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. Je n'ai pas raconté cela à Palin, ni au cours de cette nuit ni une autre fois, ou peut-être que si. Nous parlions peu de nos histoires de coeur parce que nos relations étaient essentiellement des relations de travail. Ce que je vais vous dire va certainement vous surprendre, mais comme j'avais commencé une oeuvre avec Palin, j'avais l'impression ce soir-là, dans les bras de Typha, de le - comment dirais-je ? -, de m'éloigner de lui. Et quand j'ai lu dans le journal qu'il avait reçu le P.L.M., enfin peut importe le nom de ce prix car il aurait pu porter un autre nom, cela n'a pas d'importance, j'ai su que notre oeuvre commune était terminée. A deux heures du matin, après m'avoir raconté dans les détails sa vie intime avec sa femme qui deviendrait bientôt son ex-épouse, et les femmes qu'il rencontrait au cours de ces séjours dans de petits villages du Luberon ou dans les îles grecques où il allait se reposer - sans moi - ou au cours de ses voyages pour la promotion de ses livres, je lui ai sèchement dit que je ne voulais plus écrire pour lui, que je ne voulais plus être son nègre, qu'il n'avait qu'à écrire ses romans lui-même, que je ne voulais plus le voir dans ces émissions littéraires où il paradait lorsque le présentateur montrait à la caméra la couverture de son dernier opus avec son nom écrit dessus en gras et en gros, qu'il me rende le manuscrit de son, enfin non, de mon dernier livre. Ce qu'il a refusé de faire. Il savait que ce livre serait un succès, le Temps qui passe, les tempes grises, un livre sur la fuite du temps, ce qui n'est pas un thème nouveau bien sûr, et je ne vous apprendrais rien si je ne vous disais que ce livre dit que sur cette bonne planète Terre rien n'est jamais nouveau contrairement à ce que l'on veut nous faire croire. mais il a refusé de me rendre le manuscrit - et maintenant ce livre est couronné par un prix -, de ce qui aurait dû être mon troisième roman.

 

Aujourd'hui, 10 novembre, je reçois la carte d'anniversaire d'un ami. Au verso, il me souhaite une journée agréable et m'embrasse ; au recto, il y a un texte sur l'histoire de mon prénom : "Pascal : Vient de l'hébreu 'Pascha' qui signifie le passage. Se fête le 17 mai. Les Pascal sont des esprits originaux, des hommes délicats aimant la solitude. Ils ont des façons de vivre bien à eux."

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
commenter cet article

commentaires