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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 13:41

 

 

Sachant que le sexe occupe 80 % de nos pensées et la politique 80 % de nos journées, combien de temps nous reste-t-il pour aimer ?

 

 

"Enlevez votre bras ! Enlevez votre bras !" Munich-Paris dans un compartiment de huit de places asssises. Un couple venait de se former dans ce train de nuit. J'étais assis sur la banquette opposée : elle, jeune femme aux cheveux longs, lui, plus âgé, qui n'avait envie que de la draguer. Je faisais semblant de dormir pour mieux écouter ce qu'ils disaient. Elle lui racontait ses malheurs, sa visite à sa soeur malheureuse en amour et sur le point de divorcer. Avait-elle tant besoin de parler pour dire ces choses-là à un inconnu ? Puis j'avais compris qu'il avait essayé de passer le bras droit autour de son cou pensant qu'elle accepterait ce geste de compassion. Elle lui demandait maintenant d'enlever son bras. Pour pouvoir mettre fin à cette première offensive, elle lui proposait d'aller boire un café à la voiture bar. Le couple disparut une bonne partie de la nuit. Je me suis alors endormi pour de bon pour me réveiller peu de temps avant l'arrivée en gare de l'Est. Sur le quai, j'ai suivi ce couple des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans les escaliers du métro.

 

Gérard, qu'est-ce que vous faites là ? Gérard était prostré sur un matelas les mains cachant son visage. Il avait beaucoup pleuré. Il était entré dans mon mobile home alors que je me promenais sur la plage, dernière bouffée d'iode avant le départ pour nulle part. Il me raconta comment lui et Mélody s'étaient aimés, là sur ce matelas, dans ce mobile home, celui qu'il avait choisi pour que j'y passe une semaine de repos entre rosée du matin et nuages gris. Mélody ? Ah, oui, comment pouvais-je poser une question aussi stupide ? Gérard ne s'en remettait pas. Il entoura mon cou de son bras droit puis du gauche et pleura encore. Notre vie n'est guidée que par nos souvenirs de coeur - ou de rancoeur - et le reste n'est que décor mal planté dans la pesanteur de nos jours. Après de longues minutes au cours desquelles je ne dis rien car les mots eurent été inutiles et grotesques dans cette situation. il essuya ses larmes et m'invita à dîner pour le lendemain soir. Vous partez quand Pascal ? me demanda-t-il. Vous pouvez rester le temps que vous voudrez, le mobile home n'est pas réservé (et pour cause !). D'accord demain pour dîner sur la terrasse. J'ai un service à vous demander : Melody est partie par le premier train en laissant sa voiture ici ; vous pourriez la prendre pour rentrer à Paris. Vous pourriez aller chercher Typha en passant à Narbonne. Je regardai Gérard partir sur la petite allée vers la maison qui lui servait de refuge pour coeur solitaire. Gérard désemparé, Gérard, le seul pleureur.

 

Le lendemain, la journée se passa sous un ciel triste. Je devais remettre dans un sac de sport les quelques vêtements que j'avais amenés pour cette semaine de repos et d'oubli. Ce n'est pas Gérard qui ouvrit la porte mais un garçon d'une vingtaine d'années. Dans le grand bureau de Gérard, Il y avait une quinzaine de personnes. Hier il pleurait dans mes bras et ce soir, il ouvrait des bouteilles de champagne à grands fracas de 'schplunk' et de 'schplack' ; il était gai comme un pinson. Ah, Pascal, venez ! On me tendit une coupe. J'vais vous présenter mes amis. Dans un coin de la salle, je reconnus Chris et Bert. Emeraude, fais les présentations, j'vais chercher les p'tits fours ! Bonsoir, kess vous faites dans la vie ? J'écris des livres, des romans. Non évidemment je n'avais pas répondu ça. Un écrivain ici, non, pas ce soir. Surtout un auteur que n'a publié que deux livres en trente ans quand d'autres publient deux livres par an. Je vends des savonnettes. Et ça marche ? Non, c'est casse-gueule ! Et vous ? Je suis le banquier de Gérard. Ah, j'ai cru que vous étiez viticulteur comme vous parliez bien du vin que vous débouchiez... Non, non, banquier. C'est sûr, c'n'est pas le même moût ! Je sentais que j'allais vite m'enquiquiner dans cette soirée entre potes. Une soirée pour fêter ça !, dit Gérard. Pour fêter quoi ? Bah, vous n'savez pas ? L'anniversaire de notre Gégé à nous, le roi de Leucate. La musique m'arracha les tympans et les corps se déhanchèrent. Dans une pièce contiguë, le garçon d'une vingtaine d'années était là, seul, appuyé contre la fenêtre. Une télé allumée montrait la campagne présidentielle : on y parlait de changement.

- Calixte ! J'm'appelle Calixte ! Bienvenue au club des amateurs de quiétude. Vous connaissez Gérard depuis longtemps ? Je suis un ami de Mélody ; il m'a invité parce qu'il croit que je vais lui dire où elle s'est terrée pour oublier cet imbécile.

- Pourquoi êtes-vous venu puisque vous ne lui direz rien ?

- J'le fais espérer ce con ! En fait, j'suis venu pour vous.

- Je ne donne pas d'autographes ce soir ; Gérard ne vous l'a pas dit ? 

Je dis cela avec un vague sourire au coin des lèvres. 

- J'm'en fous de Gérard. Je sais où est Typha.

- Typha ? Vous connaissez Typha ? Oui, je sais où elle est. Gérard m'a dit que vous partez demain avec la caisse de Mélody. Emmenez-moi à Narbonne, je vous dirai où Typha travaille. Montons sur la terrasse, il fait plus frais qu'ici et on n'entendra plus cette musique ringarde. J'vais chercher deux coupes et j'vous r'joins là-haut.

 

 

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