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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 14:25

 

 

Elles formaient tout un groupe au self service qui était près de la maison d'édition de la rue de la Banque où je travaillais alors. Elles observaient les garçons, dont je faisais partie, qui mangeaient à une table voisine de la leur. Une de ces filles avait un ascendant sur les autres. Elle distribuait les rôles. Elle avait, ou croyait avoir, un droit sur ses collègues et leur attribuant les garçons avec qui elle voulait qu'elles sortissent. Elle disait, toi tu iras avec Untel, toi avec Bidule, toi avec Pascal, etc. Elle m'avait désigné comme la proie de Typha, ma collègue de bureau qui ne m'attirait pas, que je ne regardais jamais, qui ne me faisait aucun effet. La cheftaine du groupe avait semble-t-il des visées sur moi mais avait déjà un petit ami. Elle ne voulait pas le montrer, trop fière qu'elle était à distribuer les rôles et prendre les garçons pour des sex-objets. Un jour, elle dit à Typha : "Alors, tu le prends Pascal ?" Ne voulant pas être en reste, elle acquiesça mollement et me suivit dans le métro un vendredi soir puis se glissa dans mon lit deux heures plus tard. A vingt ans Typha était encore vierge ; elle me l'avoua en ôtant ses vêtements devant moi dans ma chambre.

 

Au cours de la conversation elle me dit : "Amandie a un p'tit copain ; ça a l'air sérieux !" Parce que pour elle, l'amour c'est sérieux ! Elle me dit cela avec un certain aplomb en parlant de sa filleule avec passion. Elle oubliait d'ajouter qu'un mariage sur deux finit par un divorce au bout de deux ans dans les grandes villes et que l'amour ça n'est pas si sérieux que ça. Elle oubliait un peu vite qu'elle avait quitté son mari après sept ans de vie commune avec les deux gosses sous le bras et qu'elle était partie à l'autre bout du pays rien que pour l'embêter. C'est la séparation qu'elle avait prise au sérieux pas cette union qu'elle a elle même choisi de rompre.

 

Aujourd'hui il pleut. C'est un temps à aller dans un des ces endroits. Je pourrais aller dans un musée, pour passer le temps pour oublier qu'aujourd'hui il pleut. Dans un musée pour déambuler dans des salles où se dressent les corps de la statuaire grecque : le Torse de Milet, Cléobis et Biton, un Satyre entrechoquant des crotales pour accompagner une danse grotesque. Mais non, je vais dans un de ces endroits. Dans le monnayeur je glisse une pièce de dix francs, puis une deuxième. Je descends un escalier, dois m'habituer à l'obscurité, croise des hommes qui ne pensent qu'à ça. Ces hommes ne sont d'abord que des silhouettes ; je ne distingue pas leurs visages. Mes yeux sont encore ouverts sur le gris du temps, la pâleur du ciel. Un garçon est assis et regarde un film. Les lueurs de l'écran de télévision me guident. J'y vois déjà plus clair. La nudité est partout. Un couple s'accouple dans des gestes rythmiques qui rappellent la gymnastique. Un pantin de chair et de muscles attire à lui une nymphe qui n'a que la peau et les os dans une gymnopédie endiablée. Des êtres aux contours mal définis s'embrochent de la barbe au cul et se transforment en créatures gymnospermes.  Un garçon s'approche, me demande s'il peut entrer regarder le film avec moi. J'acquiesce dans un mouvement de tête. Que suis-je venu faire là, dans un de ces endroits ?                   

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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