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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 09:31

 

 

Je n'avais participé, comme je l'ai déjà dit, qu'à une seule et unique émission littéraire. Après plus rien ! Jacky lui, trônait confortablement assis dans un fauteuil profond aux larges bras en faux cuir et il me souriait quand je passai devant lui. Et je ne voyais que son sourire. Je ne sais pas s'il était sincère ce sourire ou faux comme le cuir de son fauteuil, mais c'était bien lui, Jacky, qui me souriait alors que je ne faisais que passer devant lui. Puis, je me suis réveillé. Les émissions littéraires se ressemblent toutes : quatre ou cinq auteurs confortablement installés dans des fauteuils profonds et un présentateur qui se met en valeur avant de mettre en valeur les auteurs qu'il a invités et qui prouve à des dizaines de milliers de téléspectateurs qu'il a lu les livres qu'il présente avec des "et pourtant, page 55, vous dites bla bla bla, bla bla bla".

 

Nous étions arrivés à Florence vers dix heures du soir. Jacky ne voulait pas aller si loin, mais après quelques heures passées à Gênes, je l'avais supplié de poursuivre notre découverte de l'Italie par une visite de la Toscane. Nous avions passé quelques jours sur la Côte d'Azur quand nous avions brusquement décidé d'aller jusqu'à Gênes. Je n'avais pas envie de m'arrêter en si bon chemin. Pour dire la vérité, je voulais Jacky pour moi tout seul pendant quelques jours. Nous nous connaissions depuis le collège et c'était la première fois que nous partions en vacances ensemble. Nous venions d'être reçus au bac et nous avions réuni toutes nos économies pour partir vers le sud au hasard des horaires des trains de nuit. Après Avignon et Cannes, nous avions goûté aux charmes de Menton et nous descendions à présent d'un train en gare de Florence en provenance de Gênes. Dans le compartiment, nous avions, ou plutôt j'avais parlé à  un garçon, un Italien, qui allait aussi à Florence. Sur le quai, il marchait vite, j'avais du mal à le suivre et Jacky était en retrait - je dois préciser qu'il avait pris un sac trop grand et trop lourd pour lui -, et il me dit qu'il allait prendre un taxi. Je le suivais toujours et il monta à l'avant d'un taxi, moi à l'arrière. L'Italien, surpris que je montasse dans le même taxi que lui me cria :  "Dove va lei ? Dove va lei ?" Je bredouillai des excuses dans un mauvais italien et me retrouvai sur le trottoir tandis que Jacky arrivait tout essoufflé à ma hauteur. Je lui dis : "J'aurais essayé mais il n'a pas voulu nous héberger."

Nous trouvâmes, malgré l'heure tardive, une pension en ville à quarante mille lires la nuit. Pour une somme aussi modique, il n'y avait qu'un grand lit dans la chambre. Jacky, fatigué par la visite de Gênes et par le voyage en train, s'écroula sur le lit et s'endormit aussitôt. J'étais jaloux des petits amies de Jacky. Un soir, alors que je passais devant son immeuble, je le vis serrant une fille dans ses bras. Je fis semblant de ne pas le voir. Je sais, c'était une attitude enfantine, mais je n'acceptais pas qu'il pût être dans les bras d'une fille. C'était, selon moi, comme une rupture du pacte de notre amitié, pacte qui n'avait d'existence que dans mon esprit. Il courut après moi dans la rue et me dit :"Alors on ne salue pas les vieux amis ?" J'ai du rougir tant j'étais mal à l'aise. J'aurais voulu alors disparaître dans les entrailles de la terre.

 

Jacky n'aimait ni les musées, ni le théâtre, ni la musique classique leur préférant les Beatles, le cinéma et les romans de Charles Exbrayat. Je réussis néanmoins à l'entraîner jusqu'à la Galerie de l'Académie où nous suivîmes un groupe. Arrivés devant le David de Michel-Ange, la guide expliqua longuement l'histoire de la statue.

- Il s'agissait au départ d'un grand bloc de marbre qui était dans la Fabrique del Douomo et qui avait été extrait avec l'intention d'y scoulpter un géant, un David ou un prophète pour l'un des contreforts del Douomo Santa Maria del Fiore.

Jacky regardait la statue mais n'écoutait la guide que de façon furtive.

- Elle a dit combien elle mesure ?

- 5 mètres 17, lui répondis-je.

- Lé bloc va rester là jousqu'en 1501, date à laquelle on demande à Michelangelo, qui n'a que 26 zannées, dé soulpter le bloc.

- Tu as vu les veines de sa main droite ? Seule une main crispée peut faire ressortir de telles veines.

- David, un jeune berger est dépeint au moment où il s'apprête à lancer une pierre, dans un climat dé concéntration mentale et dé tension physique intense.

- Tu as vu ? Il a les pupilles en forme de coeur.

- C'est pour mieux te regarder mon enfant !

- Il faut s'foutre à poil pour lancer une pierre sur quelqu'un ?

- Lé transportt dou lieu dé scoulpture à la Piazza Signoria a douré kouatre jours et pour empêcher les actes de vandalisme, la statoue était gardée jour et nouit, cé qui né l'a pas empêché d'être la cible de jets de pierres.

- C'est l'histoire du rosseur rossé, lacha Jacky.

 

 

 

 

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