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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 08:42

 

Chaque lundi jusqu'au début de l'été, nous roulerons sur la Highway 66 à la découverte d'une ville, d'un village, d'un musée, d'une église, d'une personnalité, d'un petit bout de l'histoire des Pyrénées-Orientales. Aujourd'hui, deuxième volet de notre article sur la station thermale de Vernet-les-Bains.

 

La station thermale de Vernet-les-Bains, qui bénéficie d'eaux sulfureuses, traite les affections respiratoires broncho pulmonaires (ORL) et la rhumatologie. Située à six kilomètres de Villefranche-de-Conflent, elle propose ses équipements à une altitude de 650 mètres, non loin de l'abbaye de Saint-Martin, et est dominée par le pic du Canigou (2784 mètres). La station, en apparence calme et tranquille, a connu un passé prestigieux.

 

Le docteur Lallemand, professeur de clinique chirurgicale et médecin-chef de l'hôpital de Montpellier, a eu comme patient le prince Ibrahim Pacha, fils du pacha d'Egypte et de Constantinople, à qui il a prescrit en 1845 un séjour à Vernet, au terme duquel il a offert, pour remercier les autorités qui l'avaient si chaleureusement accueilli, la momie d'un prêtre-scribe de la XXIème dynastie, encore visible dans son sarcophage au Museum d'histoire naturelle de Perpignan.

La seconde moitié du 19ème siècle voit à Vernet la construction et l'amélioration des infrastructures existantes. Des hôtels et des thermes sont construits : hôtel du Portugal, hôtel du Parc, hôtel d'Ibrahim Pacha, etc. Un casino est bâti sur les plans de l'architecte danois Viggo Petersen, qui a aussi réalisé les châteaux de Valmy, d'Aubiry, d'Esparrou (tous dans les Pyrénées-Orientales). Il faut attirer la clientèle et améliorer les installations. Attirer la clientèle suppose une politique promotionnelle suivie. Il faut sans doute distraire les curistes, mais avant tout leur offrir des installations en accord avec les moeurs de l'époque. Les thermes Mercader, du nom d'un habitant de Vernet qui a découvert trois nouvelle sources en 1833, propriété du comte de Burnay, sont confiés à Emile Kiechle en 1903. Ce dernier met en oeuvre la modernisation de ses équipements et l'achèvement de la construction de l'hôtel Mercader. Le but de Kiechle est de promouvoir la station auprès d'une clientèle britannique durant l'hiver, l'aristocratie française et espagnole fréquentant Vernet l'été. Par l'instauration de relations de presse avec les principaux journaux anglais, Vernet-les-Bains va connaître de années de gloire. Rudyard Kipling fait partie des Anglais qui ont fréquenté Vernet avant la Première Guerre mondiale.

Né en 1865 à Bombay, fils du conservateur du musée de Lahore, Rudyard Kipling est envoyé en Angleterre pour recevoir une bonne éducation à l'anglaise, puis retourne en Inde et devient journaliste. Il commence à publier ses premiers poèmes et ses premierès nouvelles. C'est en 1894 qu'il écrit son ouvrage le plus connu, "Le Livre de la jungle" (The Jungle book), histoire d'un petit garçon, Mowgli, perdu dans la forêt, élevé par des animaux, qui devenu jeune homme prend conscience de son espèce et quitte ses amis, l'ours Baloo, la panthère Bagheera et le python Kaa. En 1907, il reçoit le Prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre. Avec son épouse Carrie, il va à Vernet pour la première fois en 1910, son épouse ayant besoin de faire une cure pour apaiser ses douleurs. Le couple y revient l'année suivante pour une durée d'un mois. La santé de Carrie s'améliorant, tous deux se joignent à la vie mondaine de la communauté anglaise. Ce séjour apporte à Kipling l'inspiration pour une nouvelle intitulée "Pourquoi la neige tombe à Vernet ", en anglais "Why snow falls at Vernet" (1911). Rudyard Kipling raconte qu'il tient une légende de deux chevaliers anglais qui soignent à Vernet, l'un le dos, l'autre une jambe, du Rocher qui se dresse derrière le laurier et le néflier du Japon dans le jardin d'hiver de la station thermale. La nouvelle se termine ainsi : "Depuis cette année-là, compte tenu de la révision nécessaire du calendrier, la neige, comme tout le monde le sait, tombe ici pendant un jour ou deux entre le 11 et le 22 mars. Certains attribuent ce phénomène à des causes purement météorologiques, mais je préfère croire comme le Rocher derrière le Loquat, que nous le devons à la bonté et à la prévoyance du bon Saint Saturnia, qui à son époque accueillit avec sympathie les premiers visteurs anglais à Vernet et qui finit par les comprendre."

En 1912, SAR la princesse Béatrice de Battenberg, fille de la reine Victoria, arrière-grand-mère du roi Juan Carlos Ier, fait un séjour à Vernet. La Première Guerre mondiale ralentit cet essor qui reprend dans les années 20. En 1940, l'Occupation allemande pousse de nombreuses personnes à se réfugier en zone libre. Parmi elles, Jean Cocteau et Raoul Dufy. Jean Cocteau quitte Paris pour Perpignan et y est reçu par le docteur Pierre Nicolau et sa famille qui possèdent aussi une maison à Vernet-les-Bains. Jean Marais dans son livre "L'Inconcevable Jean Cocteau" raconte que "en 1940, après avoir été démobilisé, je fus invité avec Jean Cocteau à Vernet-les-Bains, dans les Pyrénées, par une adorable famille composée du docteur Nicolau, de sa femme et de leurs quatre enfants". 

L'exode conduit aussi le peintre Raoul Dufy en zone libre. Soumis à des crises de rhumatisme qui le harcèlent, il trouve d'abord refuge à Céret dont on lui a vanté le climat favorable, mais trop souffrant, le docteur Nicolau l'invite chez lui à Perpignan et dans sa maison de Vernet. 

En octobre 1940, un tremblement de terre suivi de grosses inondations qui feront des dégâts jusqu'à Perpignan, détruisent une partie des bâtiments de Vernet dont de nombreux hôtels.  

Vernet est maintenant une station familiale, au centre d'une région où les idées de promenades et d'excursions sont nombreuses et variées : l'abbaye de Saint-Martin, Villefranche-de-Conflent, les grottes des Canalettes, Corneilla-de-Conflent... Mais c'est avant tout une station thermale dont les eaux sulfurées, sodiques, silicatées (entre 38 et 66°), chargées de nombreux oligo-éléments ainsi qu'en plancton thermal facilitent le masssage et améliorent l'état cutané. On va à Vernet pour soigner des affections respiratoires (cures thermales d'oto-rhino-laryngologie), broncho-pulmonaires, et pour traiter des rhumatismes articulaires (traitement des séquelles de traumatismes de la route, du sport, entorses, luxations, fractures, suites d'opérations chirurgicales). 

Il est à noter que Vernet est le lieu de naissance du chanteur Cali (1968). 

 

 

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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commentaires

michel.cristofol.over-blog.com 18/04/2011 21:28


Il serait à noter aussi, qu'à côté d'un simple chanteur, il est un personnage plus illustre que Cali, un peintre George-Daniel de Monfreid, originaire de Corneilla du Conflent, à une encablure ou
deux de la route 66 et de Vernet, ami intime de Paul Gauguin et père de l'écrivain aventurier Henry de Monfreid.


louisiane.catalogne.over-blog.com 19/04/2011 09:55



Bonjour Michel, Merci pour votre commentaire. Corneilla-de-Conflent et Monfreid Père & Fils feront l'objet d'un article sur la Highway 66 dans les prochaines semaines. A bientôt donc sur ce
blog.