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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 09:33

 

"Ce dont je me souviens, ce sont les longues avenues sous le froid, les fermes et les maisons fortifiées contre l'hiver, le langage plat et laconique des gens du Maine dans les épiceries où je m'arrêtais pour renouveler mes provisions, les chevreuils qui traversaient la route sur leurs sabots agiles en bondisant comme des balles de caoutchouc au passage de Rossinante, les lourds camions chargés de bois. Et, chaque fois, je songeais qu'autrefois ce vaste pays avait été beaucoup plus peuplé. Il était à présent rendu à la forêt, aux animaux, aux scieries et au froid." (1)

  

L'Etat du Maine se situe au Nord-Est des Etats-Unis et avec ses 80 000 km2, c'est l'Etat le plus vaste de la Nouvelle Angleterre. Entré dans l'Union en 1820, sa capitale est Augusta. La forêt occupe les quatre cinquièmes de sa surface et avec ses 2 500 lacs et ses 5 000 rivières, c'est une terre de prédilection pour les chasseurs et les pêcheurs. Les nombreux ports de pêche comme Bangor, sont les lieux de débarquement des homards qui font le régal des tables des environs. En 1992, Jean Moisson, alors adminstrateur de l'association France-Louisiane-Franco-Américanie (*) est allé à la rencontre de ces Américains qui parlent encore français dans les Etats de la Nouvelle Angleterre et du Middle West. Il nous parle du Festival de la Bastille qui s'est déroulé du 10 au 12 juillet a Augusta :

 

"Neuvième du nom, ce Festival de la Bastille, organisé par le très actif club Calumet, se tiendra sur un immense terrain à la périphérie de la ville, où plusieurs tentes de la taille d'un chapiteau de cirque abriteront les diverses activités : cérémonie d'ouverture, prestations des artistes, cuisines, bar, ventes diverses, drapeaux, objet d'artisanat et de livres, en français pour la plupart. Entre vingt et vingt-cinq mille personnes participeront à cette célébration au cours de ces trois jours, venues du Maine, bien sûr, mais aussi des Etats voisins, du Québec et même de la France.

Dès la cérémonie d'ouverture j'ai été frappé par la vigueur des discours prononcés pour la majorité en français, et par les professions de foi qu'ils contenaient, comme l'on en jugera par les extraits suivants. Après une courte allocution d'ouverture par le président du club, Frank Arbor, c'est l'animateur du festival, Jean-Paul Poulain, qui déchaînera un tonnerre d'applaudissements après s'être adressé, en ces termes, à la nombreuse assistance : 'Il y a des siècles que les premiers Français ont laissé leur empreinte dans la ville d'Augusta et tout au long de la rivière Kennebec et sur la côte du Maine. Un petite chapelle a été érigée par un jésuite, le père Gabriel Druillettes, vers 1646, et pendant un certain moment dans l'histoire de l'Amérique du Nord, le Maine faisait partie de la Nouvelle France... Nous ne sommes donc pas des étrangers sur ce territoire. Nos ancêtres ont été arrachés du Québec et des Provinces Maritimes et de leurs prés tranquilles pour venir travailler dans les filatures, les moulins à coton, et les usines, pour venir habiter près des rivières et du 'bam-bam' banal où cognaient les métiers, souvent embauchés dans les usines avec leurs enfants pour tisser, le jour et la nuit, leurs rêves et leurs infortunes... Voilà ce qu'ont vécu ces pauvres Canadiens Français... Mais tout cela a donné naissance à un nouveau peuple, un peuple toujours fier de chanter 'O Canada' malgré le fait que le gouvernement anglo-canadien nous ait traité de 'canailles' lorsque nous quittions nos terres arides pour accepter un travail, n'importe quel travail qui suffirait à nourrir nos enfants. Un peuple toujours fier de chanter la 'Marseillaise' malgré le fait que les Français ne comprenennt pas toujours la langue des Franco-Américains... Nous hisssons avec fierté le Tricolore, la Fleur de Lys, l'Erable et la Bannière Etoilée car nous comprenons que c'est dans la souffrance que nous donnons de la valeur aux choses et aux personnes que nous aimons.

Certains parmi nous, aimons tellement notre langue, que nous la chantons, la récitons dans nos vers et dans nos poèmes et l'utilisons pour réciter le 'Notre Père' et le 'Je vous salue Marie'... Oui, c'est nous les Franco-Américains et nous avons de quoi célébrer car nos ancêtres ont tracé et préparé le chemin pour nous et pour ceux qui viendront après nous...

Je me sens riche et comblé de parler toujours cette belle langue de Molière, la plus belle des langues, la langue française !... Je me souviens, moi, Jean-Paul Poulain que je suis un Français... Le Fondateur du Festival, Richard 'Blackie' Bechard, intervenant ensuite pour rappeler l'histoire de ce festival devait ajouter : 'Le but de ce festival est de célébrer le fait français dans la ville d'Augusta, de nous rassembler pour resserer nos liens familiaux et amicaux ; c'est pour propager notre langue française et perpétuer notre héritage. L'assaut de la Bastille en 1789 était, en effet, la libération du peuple français... le commencement de la liberté, et, ce soir, et pendant trois jours, nous célèbrerons notre liberté comme peuple Franco-Américain... Parlez français, dansez des gigues, mangez et amusez-vous bien... Bon festival à tous.'

Et l'on chanta bien les vieilles chansons françaises et les actuelles et l'on dansa et l'on s'amusa bien, tout au long de ces trois journées animées par des musiciens et chanteurs Franco-Américains : l'orchestre 'C'est si bon', Liliane Labbé, Josée Vachon, Jean-Paul Poulain, les danseuses à claquettes d'Arundel. Avec les Québécois Denis Côté, accordéoniste réputé, les Soeurs Boivin, les jumeaux Breton, la famille Gagné, avec, enfin, l'orchestre Cajun des Basin Brothers et de nombreux autres.

(...) A ceux qui doutent de la vigueur de la survivance du fait français en Nouvelle Angleterre, de l'amour de la langue et de la culture populaire française dans cette région des Etats-Unis, je n'aurai qu'un conseil à donner : allez assister au Festival de la Bastille à Augusta dans le Maine pour chasser à jamais votre septicisme !" (2)

 

 

(*) France-Louisiane-Franco-Américanie est une association loi 1901 qui a été reconnu d'utilité publique en 1987 et dont le siège se trouve à Paris (14è) 17 avenue Reille.

(1) Extrait de "Voyage avec Charley", John Steinbeck (1961).

(2) Article de Jean Moisson pour la gazette de france-Louisiane-Franco-Américanie (1992). 

 

 

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