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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 21:11

"Antérieur à la génération dite de 1927, qui avait fait de la première moitié du XXème siècle un nouvel âge d'or de la poésie espagnole, Antonio Machado s'était tenu à l'écart de tous les courants d'expérimentation et de rupture qui ont caractérisé l'oeuvre des Lorca, Cernuda, Alberti, Alonso, Diego, Guillén, Salinas, pour ne citer que les poètes les plus représentatifs de l'audace, la richesse et l'insolence créative de ladite génération.

Mais tous considéraient Antonio Machado, d'une certaine façon, comme leur maître. D'abord, pour la concision transparente de sa langue, naturellement classique, d'une musicalité mystérieuse dans sa simplicité. Mais aussi, sans doute, parce que tout au long d'une époque de troubles et de crises sociales, le poète castillan avait maintenu une attitude, discrète mais résolue, d'engagement spirituel de parti pris civique.

Ainsi, Machado avait partagé jusqu'au bout le sort de la République espagnole. Lorsque les fronts de bataille s'effondrèrent en Catalogne sous la poussée des armées franquistes, et que des centaines de milliers de réfugiés se pressèrent aux frontières de la France, en février 1939, Antonio Machado fut l'un d'eux. Poète populaire à force de limpidité classique, il suivit le destin de son peuple.

Mais il ne supporta pas la perspective abominable de l'exil. Réfugié dans un hôtel de Collioure, après quelques péripéties, il s'y éteignit presque aussitôt." (1)

"Don Antonio Machado, je l'ai vu, lui, plusieurs fois assis dans son café habituel, avec son costume noir de notaire, très silencieux et très discret, doux et sévère comme un vieil arbre d'Espagne. On sait que le médisant Juan Ramon Jiménez, ce grand enfant diabolique de la poésie, affirmait que don Antonio allait toujours couvert de cendres et dans ses poches il ne gardait que des mégots." (2)

"Je me suis rappelé alors la fin du poème d'Antonio Machado que l'un d'entre nous avait murmuré le dernier soir, à La Haye.

Y cuando llegue el dia del ultimo viaje,/ y esté al partir la nave que nunca ha de tornar,/ me encontraréis a bordo ligero de equipaje,/ casi desnudo, como los hijos de la mar.

Lorsque viendra le jour de l'ultime voyage,/ quand partira la nef qui jamais ne revient,/ me trouverez à bord avec un maigre bagage,/ quasiment nu, comme les enfants de l'océan." (1)

(1) Adieu Vive clarté..., Jorge Semprun (Editions Gallimard, 1998).

(2) J'avoue que j'ai vécu, Pablo Neruda (Editions Gallimard, 1975).

Tombe d'Antonio Machado au cimetière de Collioure (Pyrénées-Orientales).

Tombe d'Antonio Machado au cimetière de Collioure (Pyrénées-Orientales).

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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