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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:42

"En cette année 1931, il y avait en Europe dix millions de chômeurs, en Amérique sept millions ; la Reichsbank et la Banque d'Angleterre étaient en danger, l'Espagne en révolution, la Chine en guerre." (1)

"En 1931, au mois d'avril, lorsque le roi Alphonse XIII abdiqua, après la défaite des candidats monarchistes aux élections municipales, et que la République fut proclamée, la foule des faubourgs ouvriers - Vallecas, Cuatro Caminos, Carabanchel, Getafe - déferla joyeusement vers le centre de Madrid."(2)

"Le gouvernement de la République avait annoncé une série de projets qui concernaient la laïcité dans l'enseignement, la sécularisation des cimetières et la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Azana avait dit : "L'Espagne a cessé d'être catholique". (...) Rapidement, ordre draconien pour la culture des terres improductives : celui-ci fournissait du travail à soixante-dix mille ouvriers au chômage, surtout en Andalousie. Puis la réglementation du travail, qui faisait défaut. Sécurité vieillesse, réduction du quart des officiers de l'armée dont le nombre descendrait de vingt-cinq mille à neuf mille, et la création de sept mille écoles sur tout le territoire national. (...) Avec la proclamation de la République catalane les esprits s'étaient échauffés et être de la Mancha, andalou ou castillan était devenu à Gérone, même pour jouer aux dominos au Café Neutral, un problème. (...) Et le problème n'était pas que catalan et basque. La Navarre élaborait aussi son statut. La Galice suivait son exemple, comme l'Aragon, Valence, l'Extrémadure, les Baléares y les Canaries. Même Cadix se préparait à demander un statut de ville libre ! - Dans un mois - dit Matias -, un télégramme envoyé du centre de Madrid à la Moncloa ou Chamberi devra être affranchi au tarif Etranger". (3)

"En route vers ce lieu symbolique du pouvoir renversé, les ouvriers de Vallecas traversèrent le parc du Retiro, le 14 avril 1931. (...) Au cours de cette migration populaire, lorsque la foule des travailleurs, après avoir contourné la roseraie, le jardin zoologique et la pièce d'eau centrale, déboucha dans l'allée des rois wisigoths, elle s'en prit aux statues. Certaines furent renversées, d'autres mutilées. Acte symbolique, certes, mais de faible teneur idéologique. A la différence de l'Angleterre et de la France, la modernité démocratique ne fut pas introduite en Espagne par la décollation d'une auguste tête royale et réelle. On se contenta de quelques têtes fictives de statues. Et de très anciens rois, par surcroît, responsables en rien des malheurs du temps. Responsables seulement, par leur incurie et leur faiblesse, d'avoir ouvert l'Espagne à l'invasion musulmane. D'avoir contribué ainsi, involontairement bien sûr, à un renouveau radical des moeurs et de la culture hispaniques." (2)

(1) Le Cercle de famille, André Maurois de l'Académie française (Grasset, 1932).

(2) Adieu, vive clarté..., Jorge Semprun de l'Académie Goncourt (Gallimard, 1998).

(3) D'après Los cipreses creen en Dios, José Maria Gironella (1953).

Parc du Retiro, Madrid.

Parc du Retiro, Madrid.

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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