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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 07:14

1935 : Pablo Neruda est nommé consul du Chili à Madrid. Dans la capitale espagnole, il retrouve son ami Federico Garcia Lorca qu'il a rencontré à Buenos Aires deux ans auparavant et fait la connaissance de nombreux poètes : Miguel Hernandez (1910-1942), Ramon Gomez de la Serna (1888-1963), Antonio Machado (1875-1939), Juan Ramon Jimenez (1881-1958), Manuel Altolaguirre (1905-1959), Vicente Aleixandre (1898-1984). Il crée la revue Caballo Verde para la Poesia, revue qui ne paraitra que cinq fois jusqu'en 1936. "Le sixième numéro de Cheval Vert resta rue Viriato sans être mis en pages ni broché. Il était dédié à Julio Herrera y Reissig - second Lautréamont de Montevideo - et les textes écrits par les poètes espagnols en son honneur se figèrent là dans leur beauté, sans gestation ni destin. La revue devait paraître le 19 juillet 1936, mais ce jour-là les rues se remplirent de poudre. Un général inconnu nommé Francisco Franco venait de se rebeller contre la République dans sa garnison d'Afrique." (1)

Au Chili, depuis 1932, le président de la République s'appelle Alessandri. "C'est sous son mandat (1932-1938) qu'est fondé le parti socialiste, dans une période de dure répression contre les partis de gauche et les syndicats. Comme dans de nombreux pays, un Front Populaire antifasciste voit le jour, en mars 1936, qui rassemble le parti socialiste, le parti radical et le parti communiste ; la Confédération des Travailleurs du Chili ne tarde pas à s'y joindre." (2) "En 1936, le P.C. chilien, qui vient d'abandonner ses positions 'gauchistes', propose la constitution d'un Front populaire incluant le Parti radical, qui représente encore à cette époque des secteurs non négligeables de la bourgeoisie chilienne naissante et de l'oligarchie minière. Le Parti socialiste accepte l'alliance proposée et abandonne sa politique initiale d'indépendance de classe, de refus de tout compromis avec les partis de la bougeoisie chilienne." (3)

Pablo Neruda qui est du côté des républicains espagnols est relevé de ses fonctions par le gouvernement de son pays à l'automne 1936. "Miguel Hernandez chercha à se réfugier à l'amabssade du Chili, qui durant la guerre avait accueilli une quantité énorme de franquistes : quatre mille personnes. L'ambassadeur, Carlos Morla Lynch, qui se prétendait pourtant son ami, refusa l'asile au grand poète. Au bout de quelques jours, Miguel était arrêté et emprisonné. Il mourut de tuberculose, dans son cachot, sept ans plus tard. Le rossignol n'avait pas supporté sa captivité.

Mon travail consulaire était terminé. J'avais participé à la défense de la République espagnole : le gouvernement chilien décida de me relever de mes fonctions." (1) Installé à Paris, Pablo Neruda prépare avec Louis Aragon un congrès mondial d'écrivains antifascistes qui doit se tenir à Madrid. "En 1937, nous étions à Paris, et notre principale activité était la préparation d'un congrès mondial d'écrivains antifascistes qui avait se tenir à Madrid. C'est là que je commençai à connaître Aragon. Ce qui me surprit d'abord chez lui c'était son incoyable capacité de travail et d'organisation. Il dictait toutes les lettres, les corrigeait, s'en souvenait. Pas un détail ne lui échappait. Il restait de longues heures à travailler dans notre petit bureau. Et après, on le sait, il écrit de gros livres en prose et sa poésie est la plus belle de la langue française. Je l'ai vu corriger les épreuves de traductions qu'il venait de faire du russe et de l'anglais, et les refaire sur le même papier d'imprimerie. Il s'agit, en vérité, d'un homme prodigieux, et je m'en rendis compte à cette époque." (1)

Au Chili, le "Front Populaire obtient de nombreux élus aux législatives de 1937 et son candidat, Pedro Aguirre Cerda l'emporte sur la droite aux élections présidentielles du 25 octobre 1938". (2) Pablo Neruda est chargé par ce nouveau gouvernement de gauche d'organiser à Paris l'émigration des Espagnols auxquels le Chili offre l'asile.

"- Oui, faites venir des milliers d'Espagnols. Nous avons du travail pour tous. Faites venir des pêcheurs ; des Basques, des Castillans, des Estrémègnes.

(...) J'avais un poste bien défini. J'étais, d'après mon avis de nomination, consul chargé de l'immigration espagnole. Je me présentai en exhibant mes titres à l'Ambassade du Chili à Paris.

Si le gouvernement et la situation politique n'étaient plus les mêmes dans mon pays, notre ambassade à Paris, elle, n'avait pas changé. La possiblité d'envoyer des Espagnols au Chili rendait furieux nos diplomates gominnés. On m'installa dans un bureau voisin de la cuisine, et l'hostilité prit une telle acuité que l'on me refusait jusqu'au papier à lettres. Déjà la vague des 'indisérables' atteignait les portes de l'amabassade : anciens combattants blessés, juristes et écrivains, médecins qui avaient perdu leurs cliniques, ouvriers de toutes les spécialités." (1)

En 1940, Neruda rentre au Chili puis est nommé consul à Mexico.

"Face à vous j'ai vu le sang

de l'Espagne se lever

pour vous noyer dans une seule vague

d'orgueil et de couteaux !

Généraux

de trahison :

regardez ma maison morte,

regardez l'Espagne brisée :

mais de chaque maison morte surgit un métal ardent

au lieu de fleurs,

mais de chaque brèche d'Espagne

surgit l'Espagne,

mais de chaque enfant mort surgit un fusil avec des yeux,

mais de chaque crime naissent des balles

qui trouveront un jour l'endroit

de votre coeur." (4)

(1) J'avoue que j'ai vécu, Pablo Neruda Editions Gallimard, 1975).

(2) Histoire de l'Amérique hispanique de Bolivar à nos jours, Charles Lancha (L'Harmattan, 2003).

(3) Chili : les raisons d'une défaite, Carlos Altamirano (Flammarion, 1979).

(4) Extrait du poème de Pablo Neruda J'explique certaine choses (L'Espagne au coeur, 1937).

Poème de Federico Garcia Lorca (Jardin du château de Gibralfaro à Malaga, Espagne)

Poème de Federico Garcia Lorca (Jardin du château de Gibralfaro à Malaga, Espagne)

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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