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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:34

Je roule vers Portbou avec Julien Verjoul. La route entre Banyuls-sur-Mer et la frontière n'est que virages et lacets. La distance et la faible vitesse du véhicule de Julien me permettent de relire la biographie de Walter Benjamin, philosophe allemand mort à Portbou en septembre 1940. Ce n'est pas par cette route "améliorée" que le philosophe est arrivé dans le petit port catalan qu'il pensait quitter le lendemain pour le Portugal puis pour les Etats-Unis d'Amérique, mais par un chemin qui passait par les crêtes et qui dominait la côte escarpée et la mer. Au col des Balitres, les touristes passent rapidement grâce aux accords de Schengen en regardant le magnifique paysage qui s'étend jusqu'au cap de Creus. Pourtant qui sait que cet endroit a connu une arrivée massive de réfugiés fuyant les bombardements franquistes en février 1939 ? Là, nous prenons en stop un jeune africain portant plusieurs sacs de voyage qui est venu à pied depuis Cerbère et qui se rend à Portbou. La route de l'exil, septante-trois ans après Benjamin, voit encore passer des fugitifs qui tentent de chercher un ailleurs meilleur et prospère. Pour nous, ce jeune garçon n'aura jamais de nom. "C'est une tâche difficile que d'honorer la mémoire des anonymes, disait Walter Benjamin. La construction historique est consacrée à la mémoire de ceux qui n'ont pas de nom." Lui aussi avait fui : d'abord l'Allemagne nazie en 1933 puis en 1940, il fuyait encore devant l'arrivée de ses ennemis jurés. "Les puissants veulent maintenir leur position par le sang (police), par la ruse (la mode), par la magie (le faste)." (*) Fuir et fuir encore, tel était le destin de Benjamin ; tel est celui de millions d'autres encore aujourd'hui à cause de régimes brutaux et cruels. Mais aujourd'hui, 13 juin 2013, tout est calme à Portbou. Nous rencontrons des personnes qui nous indiquent où se trouvait l'hôtel où Benjamin est descendu malgré lui et où il a eu rendez-vous avec la mort. des femmes qui conditionnent des anchois au marché municipal, la libraire qui vend les livres de Julien Verjoul, puis nous déjeunons sur la Rambla pour 10 euros, entrée, plat, dessert et vin inclus. Julien prépare une excursion en minibus qui aura lieu en septembre et se renseigne sur les possibilités d'hébergement à Portbou. Passant devant une pension, je lui propose que nous demandions les prix des chambres au réceptionniste. Dans le hall de l'établissement, des affiches de films sur Benjamin sont accrochées. Le réceptionniste, Isidro Gubert, qui n'est autre que le directeur de la pension nous dit avoir joué le rôle du philosophe dans un documentaire de 73 minutes tourné en 2005 par David Mauas (Qui a tué Walter Benjamin ?) où apparaissent, entre autres, Stéphane Hessel et Dani Karavan. L'affiche d'un autre film est aussi visible dans ce hall, celle de La dernière frontière, film de Manuel Cusso-Ferrer (1992), réalisateur catalan qui a aussi adapté un script que Dali avait écrit en juillet 1932. Julien lui offre son livre sur Benjamin (voir nos articles précédents sur ce sujet). Avec tous ces éléments et ces renseignements, Julien pourra organiser son excursion sur les derniers pas de Benjamin dans les Pyrénées-Orientales jusqu'à Portbou. Nous rentrons en longeant la côte. Cette journée a été riche en événements et en découvertes. J'en sais plus maintenant sur les dernières heures du philosophe allemand. Sa fuite et son destin me rappellent ce grafitti lu sur un mur de la ville : Jamais l'oubli, jamais le silence.

(*) Walter Benjamin, Paris capitale du XIXème siècle (Editions du Cerf, 1989).

Portbou (Catalogne) : sa plage, son église, sa gare et Walter Benjamin.

Portbou (Catalogne) : sa plage, son église, sa gare et Walter Benjamin.

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Published by louisiane.catalogne.over-blog.com
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